Fonds politiques : Sonko recadre Diomaye et brandit la menace d’un bras de fer au sommet de l’ÉtatL
Le malaise est désormais public au sommet de l’Exécutif. Interpellé sur la question sensible des fonds politiques, le Premier ministre Ousmane Sonko a affiché sans détour son désaccord avec le président de la République Bassirou Diomaye Faye, allant jusqu’à lui fixer un ultimatum pour engager leur réforme. Face aux députés, le chef du gouvernement a tenu un discours ferme, rompant avec la prudence habituelle observée entre les deux têtes de l’Exécutif. « Sur les fonds politiques, le président de la République s’est trompé et j’ai espoir qu’il reviendra à de meilleurs sentiments », a-t-il lancé, dans une déclaration qui risque de raviver les spéulations sur des divergences internes au pouvoir. Pour le Premier ministre, il n’a jamais été question de supprimer les fonds politiques, mais plutôt de les soumettre à un contrôle rigoureux. Une promesse, rappelle-t-il, qui figurait noir sur blanc dans les engagements électoraux de la coalition au pouvoir. Prenant exemple sur les grandes démocraties occidentales, Ousmane Sonko a insisté sur la nécessité d’instaurer la traçabilité dans la gestion des ressources publiques. « Aucun centime appartenant aux Sénégalais ne doit échapper au contrôle », martèle-t-il, citant les modèles français, américain et allemand où, selon lui, les fonds spéciaux sont encadrés par des mécanismes de vérification. Le Premier ministre a d’ailleurs révélé disposer lui-même de fonds politiques à la Primature, à hauteur de 1,770 milliard de francs CFA. Mais, assure-t-il, ces ressources sont utilisées dans des conditions strictes. Il affirme avoir donné des consignes fermes pour que les aides sociales ou sanitaires soient directement prises en charge auprès des structures concernées, sans manipulation d’argent liquide. « Il y a toujours une traçabilité », insiste-t-il. Dans ses révélations, le chef du gouvernement explique avoir anticipé une proposition de loi que préparait le député Guy Marius Sagna sur cette question. Refusant de laisser l’initiative au Parlement, il dit avoir saisi personnellement le président de la République afin que l’Exécutif porte lui-même la réforme. Une équipe composée d’experts du Trésor public, du ministère des Finances et de conseillers techniques aurait alors été mise en place pour élaborer un projet de texte. Le document, selon lui, a été transmis au Secrétariat général du gouvernement en vue de son inscription en Conseil des ministres. Mais le dossier semble bloqué au sommet. Ousmane Sonko affirme que le président Diomaye lui a demandé, dans un premier temps, de poursuivre les discussions avant de lui opposer des arguments qu’il dit rejeter totalement. Le Premier ministre assure être revenu à la charge avec une nouvelle mouture du texte lors d’un pré-conseil, mais le chef de l’État aurait encore sollicité un délai supplémentaire pour formuler ses observations.Visiblement déterminé, Sonko avertit toutefois qu’il ne compte pas abandonner le combat. « Dans les prochains jours, s’il ne fait rien, je reviendrai », prévient-il, laissant planer la menace d’une nouvelle offensive politique sur ce dossier explosif.Le Premier ministre a également révélé avoir découvert, au cours des travaux, que plusieurs mécanismes de contrôle avaient déjà été envisagés à l’époque de Mamadou Dia. Une référence historique qu’il utilise pour défendre sa volonté de moderniser et d’encadrer les fonds politiques sans pour autant les supprimer.