Hydrocarbures et économie : Dr Khadim Bamba Diagne alerte sur l’endettement et appelle à une stratégie de rupture
« Nous sommes à un niveau d’endettement qui dépasse l’entendement », a déclaré Dr Khadim Bamba Diagne, économiste et Secrétaire permanent du COS-Pétro-Gaz, invité spécial du premier numéro du rendez-vous Face aux reporters, organisé jeudi par la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS). Devant un parterre de journalistes, il a livré une analyse sans complaisance sur la gestion des ressources pétrolières et gazières du pays, tout en esquissant des pistes de réformes pour un véritable impact sur l’économie nationale.
Dr Diagne a d’emblée appelé à un audit sans filtre du Plan Sénégal Émergent (PSE) lancé en 2014. « Dix ans après, quel est l’impact réel sur notre économie ? La structure économique reste inchangée : le secteur primaire est toujours autour de 17%, alors qu’il emploie plus de 60% des Sénégalais », souligne-t-il. Pour lui, l’endettement massif contracté pour financer des projets peu productifs doit cesser. « On ne peut pas continuer à s’endetter pour des projets de prestige sans mesurer leur retour économique. Le PSE reposait sur plus de 19 000 milliards FCFA d’endettement. Aujourd’hui, nous sommes à un niveau d’endettement qui dépasse l’entendement. Il est temps d’élaborer une stratégie de dépassement de la dette. »
Revenant sur l’entrée du Sénégal dans le cercle des pays producteurs de pétrole et de gaz, Dr Khadim Bamba Diagne estime que le pays a raté un virage stratégique. « Nous avons sous-estimé la dimension économique. Les premières négociations ont été menées sans suffisamment d’économistes. On a longtemps pensé que les hydrocarbures relevaient exclusivement du technique. Résultat, des opportunités ont été manquées. »
Il plaide aujourd’hui pour une renégociation des contrats afin de capter plus de valeur, mais surtout pour la construction d’une véritable chaîne de valeur locale. « Ce n’est qu’à la condition que les entreprises sénégalaises participent massivement aux marchés, qu’elles emploient localement et investissent dans l’économie nationale, que les hydrocarbures auront un réel impact sur les populations. »
L’expert rappelle que le véritable enjeu du pétrole et du gaz réside dans l’énergie. « La priorité du Sénégal n’est pas de tirer un profit immédiat de l’exploitation, mais de transformer ces ressources en énergie abordable. Tant que nous aurons l’un des kilowattheures les plus chers d’Afrique, nos entreprises resteront non compétitives. » Il y voit une clé pour relancer la productivité et alléger les charges des ménages.
Dr Khadim Bamba Diagne prône également une vision économique régionale : « Avec seulement 18 millions d’habitants, notre marché est trop étroit. Il faut produire pour la sous-région et investir dans les corridors Dakar-Bamako, Dakar-Conakry, Dakar-Nouakchott. Le Sénégal doit se concevoir comme un pays-région. »
Mettre fin au piège de la rente
En guise de mise en garde, il conclut : « Nous devons éviter que le pétrole et le gaz deviennent une rente mal gérée. Ce serait un piège fatal pour notre économie. »