CRISE DE CONFIANCE AU SOMMET DE L’ÉTAT
Cheikh Bara Ndiaye déballe et met en garde : « Diomaye Faye n’est plus digne de confiance »
Le divorce semble consommé, ou du moins, la lune de miel a laissé place à une amertume acide. Dans une sortie médiatique d’une rare virulence, Cheikh Bara Ndiaye, figure médiatique et soutien de la première heure de la mouvance Pastef, a pilonné, du haut de la tribune de l’assemblée nationale , la gestion du Président Bassirou Diomaye Faye. Entre accusations de trahison, soupçons de verrouillage des institutions et appel direct à Ousmane Sonko, le chroniqueur n’a pas mis de gants.
Le ton est sec, le verbe tranchant. Pour ceux qui pensaient que l’unité de façade au sein du camp présidentiel était de béton, la dernière intervention de Cheikh Bara Ndiaye vient de faire voler en éclats cette certitude. Sans détour, profitant du vote au Parlement national de la loi modifiant les articles L 29 et L.30 du code électoral, a dressé un réquisitoire sévère contre le quatrième Président du Sénégal, l’accusant de s’éloigner des principes de transparence qui l’ont porté au pouvoir.
« Nous ne sommes pas des enfants »
D’emblée, Cheikh Bara Ndiaye pose les jalons de sa colère. Pour lui, la légitimité de l’actuel chef de l’État ne doit pas lui faire oublier ses origines politiques. « Diomaye est sorti de l’opposition pour être élu avec 54 %. Si le système n’était pas transparent, il n’aurait jamais gagné », martèle-t-il, comme pour rappeler au locataire de l’avenue Léopold Sédar Senghor qu’il est le produit d’un système qu’il tente aujourd’hui, selon lui, de verrouiller à son profit.
La pomme de la discorde ? La réforme annoncée de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) et la mainmise sur le Conseil Constitutionnel. Pour le chroniqueur, le projet présidentiel cache une volonté de contrôle absolu. « S’il nomme les 12 membres, fixe leurs salaires, leur offre voitures et logements, il les tient. Nous ne saurons plus rien de ce qui s’y passe », s’alarme-t-il. Pour lui, la stratégie est claire : s’assurer du contrôle de l’organe qui organise (CENA) et de celui qui juge (Conseil Constitutionnel) pour s’imposer au-delà du suffrage populaire.
Le cas de l’OFNAC : « Une trahison des textes »
L’autre grief, et non des moindres, concerne la nomination à l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). Alors que la promesse de rupture portait sur l’appel à candidature pour les postes stratégiques, Cheikh Bara Ndiaye crie au népotisme. La nomination de Moustapha Camara, proche de l’ancienne Première ministre Aminata Touré, ne passe pas. « Ce n’est pas cela, un appel à candidature. Diomaye nous a trahis sur ce point », lance-t-il, déçu.
L’appel pressant à Ousmane Sonko
Dans ce qui ressemble à une tentative de sauvetage de « l’esprit original » de leur combat, Cheikh Bara Ndiaye s’est directement adressé au Premier ministre : « Président Ousmane Sonko, c’est à toi que je parle ! ». Un appel au chef naturel du parti pour qu’il reprenne les choses en main face à un Diomaye Faye qu’il décrit désormais comme un politicien adepte du « mordre et souffler » (le double jeu).
« Ne lui faites plus confiance, ne lui donnez plus rien », a-t-il conclu, laissant planer le spectre d’une rupture définitive entre la base militante la plus radicale et la Présidence de la République. Au Sénégal, les jours à venir diront si cette sortie est un épiphénomène ou le début d’une fronde interne qui ne dit pas encore son nom.