Sénégal : un déficit budgétaire maîtrisé à mi-parcours 2025, malgré des tensions sur les dépenses
Le Ministère des Finances et du Budget a rendu public son rapport d’exécution budgétaire du deuxième trimestre 2025. Ce document, qui s’inscrit dans une démarche de transparence, dresse un état des lieux contrasté : d’un côté, une mobilisation soutenue des recettes fiscales, de l’autre, des dépenses de fonctionnement dynamiques, notamment sous l’effet des subventions à l’énergie.
Une croissance tirée par les hydrocarbures
Au plan macroéconomique, le Sénégal affiche une croissance spectaculaire de 12,1% au premier trimestre 2025, largement portée par l’exploitation pétrolière et gazière. Hors hydrocarbures, le PIB progresse de seulement 3,1%, soulignant la dépendance accrue de l’économie nationale aux nouveaux gisements.
Des recettes fiscales en nette progression
Les recettes du budget général se sont établies à 2 226,3 milliards de francs CFA à fin juin, soit un taux de recouvrement de 47,7% de l’objectif annuel. Les impôts directs se distinguent avec 913,9 milliards mobilisés, représentant 60,3% des prévisions. L’impôt sur les sociétés a déjà atteint 85,9% de son objectif annuel.
Les impôts indirects, notamment la TVA et les taxes sur les services financiers, ont généré 1 074,2 milliards, en hausse de 4,6% par rapport à 2024.
En revanche, les dons budgétaires restent faibles, plafonnant à 19,3 milliards, soit seulement 8% des prévisions annuelles, ce qui révèle une dépendance accrue aux financements intérieurs et aux marchés financiers.
Des dépenses dominées par le fonctionnement
Côté dépenses, l’État a engagé 2 814,6 milliards de francs CFA sur les six premiers mois, soit 44,2% des prévisions. Les dépenses de fonctionnement absorbent la plus grande part (2 232,7 milliards, soit 50,4% des crédits), portées par une masse salariale de 724,1 milliards (+3,3% en glissement annuel).
Les transferts courants explosent : 844,9 milliards, en hausse de 31,7%, dont 370 milliards dédiés au secteur de l’énergie. Les subventions à la Senelec, au TER et à la Poste figurent parmi les plus importantes charges.
À l’inverse, les dépenses d’investissement restent en retrait : seulement 581,9 milliards exécutés (30,1% des prévisions), malgré l’apport de financements extérieurs dans les secteurs des transports, de l’assainissement et de l’agriculture.
Déficit et financement
Le déficit budgétaire s’établit à 588,3 milliards de francs CFA à fin juin, soit 34,7% de la cible annuelle. Un niveau jugé maîtrisé, grâce à une mobilisation de financements de 2 247,8 milliards, principalement issus des marchés financiers domestiques (1 677 milliards).
Ces ressources ont permis non seulement de couvrir le déficit, mais aussi l’amortissement de la dette (1 331,2 milliards) et l’apurement des arriérés extérieurs.
Fonds de retraite et secteur parapublic
Le Fonds national de retraite dégage un excédent de 13,2 milliards, porté par une hausse du nombre de cotisants.
En revanche, les 160 organismes publics suivis affichent un faible niveau d’absorption des crédits : seulement 29,9% des budgets engagés ont été exécutés, tandis que leur dette cumulée atteint 820,3 milliards de francs CFA, dominée par le secteur de l’entretien routier.
Ce rapport traduit une bonne dynamique de mobilisation des recettes fiscales et une maîtrise relative du déficit, mais il met aussi en lumière des déséquilibres structurels : poids croissant des subventions à l’énergie, lenteur dans l’exécution des investissements publics et faible contribution des financements extérieurs.
Le second semestre sera décisif pour savoir si l’État parviendra à rééquilibrer son budget, en accélérant les investissements structurants tout en limitant les pressions sur les dépenses courantes.