SCANDALE DE FUITE D’ENSEIGNANTS DU SUPÉRIEUR EN GUINÉE : La charge du Pr Abdou Salam Sall contre les « mercenaires » du savoir
Le commmmiqué du ministre de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’innovation, est révélateur de l’ampleur des dégâts. Le Pr Daouda Ngom pointe du doigt un recrutement de cinquante-neuf (59) enseignants-chercheurs sénégalais pour le compte d’un pays voisin. Un phénomène qui del prend de l’ampleur et qui est passé à la loupe de l’ancien Recteur de l’Ucad, Abdou Salam Sall.59 enseignants-chercheurs du Sénégal auraient monnayé leurs services en Guinée tout en conservant leurs émoluments à Dakar. Pour l’ancien Recteur de l’UCAD, le Pr Abdou Salam Sall, qui s’est exprimé dans le quotidien l’Observateur, le diagnostic est sans appel : il s’agit d’une faute éthique lourde dictée par la « cupidité ».
L’enseignement supérieur sénégalais, jadis socle de la rigueur et du sacerdoce, est-il en train de céder aux sirènes du gain facile ? La question brûle les lèvres depuis que l’ébruitement d’une liste de 59 universitaires sénégalais, officiant clandestinement dans les amphis guinéens, a provoqué un séisme dans le milieu. Des mathématiques au droit, en passant par l’économie, des noms prestigieux sont cités.
Interrogé sur cette situation, l’ancien Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), le Pr Abdou Salam Sall, ne manie pas la langue de bois. Pour ce gardien du temple, le constat est d’une brutalité sèche : « Cumuler deux postes est inacceptable et non éthique ». Adossant son argumentaire sur les recommandations de l’UNESCO de 1997, il rappelle que l’enseignant du supérieur doit incarner une « droiture absolue ».
Pour lui, ceux qui jouent sur les deux tableaux ne sont pas des victimes du système, mais des acteurs de leur propre déchéance morale. « C’est au fond du précipice », lâche-t-il, avant de réclamer que les noms des concernés soient jetés en pâture pour que « tout le monde sache qui a fait ça ».
« La cupidité, tout simplement »
À ceux qui tenteraient de justifier cet exode par la précarité ou les conditions de travail, le Pr Sall oppose, toujours dans les lignes du journal, une fin de non-recevoir catégorique. Selon lui, le Sénégal traite ses universitaires bien mieux que ses voisins de la sous-région. « Ce qui se fait au Sénégal est à des années-lumière de ce qui se fait ailleurs. Coupler deux postes, c’est de la cupidité, tout simplement », tranche l’ancien recteur.
Le problème ne résiderait pas dans le manque de moyens, mais dans un déficit de patriotisme et un désir de survaloriser l’extérieur. Un paradoxe, alors que des centaines de jeunes docteurs sénégalais frappent à la porte des universités nationales, espérant un poste que d’autres occupent sans plus y être physiquement investis.
L’heure de la purge ?
Face à ce qu’il considère comme une trahison du contrat d’excellence, le Pr Abdou Salam Sall appelle à une réaction musclée de l’État. Il ne s’agit plus de négocier, mais de sanctionner. S’alignant sur la position du ministère de tutelle, il exhorte les recteurs à mettre les concernés devant un choix cornélien : démissionner du Sénégal ou quitter la Guinée.
« Il faut y mettre fin immédiatement avec toute la brutalité requise », martèle-t-il. Pour l’ancien recteur, la solution est simple : si les titulaires ne veulent plus de leurs postes, qu’ils les libèrent pour laisser la place à la « masse critique de jeunes compétences » qui ne demande qu’à servir le pays.