Débâcle des Lions: Le football sénégalais pris en otage par ses dirigeants.
Après la débâcle des Lions du Sénégal à la Coupe du monde 2026, plusieurs responsables de la Fédération sénégalaise de football (FSF) se succèdent sur les plateaux de télévision. Au lieu d’assumer collectivement leurs responsabilités, chacun semble davantage préoccupé par sa propre défense, cherchant soit à se dédouaner, soit à faire porter l’entière responsabilité au sélectionneur ou à certains de ses collègues.
À la suite de cette élimination dès les sixièmes de finale, les Sénégalais ont exprimé une immense déception. Cette frustration s’est accentuée avec les nombreuses révélations sur des tensions internes, des conflits entre le sélectionneur et la Fédération, ainsi que sur des dysfonctionnements extrasportifs qui auraient perturbé la préparation et la gestion de l’équipe nationale.
La sortie très médiatisée d’Abdoulaye Seydou Sow, secrétaire général de la Fédération sénégalaise de football, a particulièrement retenu l’attention. En cherchant à faire porter l’essentiel de la responsabilité de l’échec au sélectionneur Pape Thiaw et en évoquant même d’éventuelles sanctions disciplinaires à son encontre, il donne l’impression de vouloir détourner le débat des véritables problèmes qui minent aujourd’hui le football sénégalais.
Pour de nombreux observateurs, Abdoulaye Seydou Sow est régulièrement associé aux différentes crises qui secouent le football national. Son nom revient souvent dans les luttes d’influence et les jeux de pouvoir qui paralysent la gouvernance de la Fédération. Beaucoup estiment qu’un profond renouvellement des dirigeants est devenu indispensable afin de restaurer la confiance des Sénégalais.
Par ailleurs, son parcours politique, marqué par plusieurs changements d’appartenance au fil des années, nourrit également les critiques de ceux qui lui reprochent de privilégier avant tout ses intérêts personnels. Si les informations faisant état de son rapprochement avec la coalition Diomaye Président se confirmaient, il appartiendrait naturellement aux responsables de cette coalition d’en tirer toutes les conséquences. Au-delà de ce cas particulier, toute organisation politique ou sportive doit veiller à s’entourer de personnalités dont le comportement renforce sa crédibilité plutôt que de l’affaiblir.
La sortie de Bakary Cissé, présenté comme responsable de la communication de la Fédération, a elle aussi suscité de nombreuses réactions. Après avoir publiquement appelé au départ d’Abdoulaye Seydou Sow, il est finalement revenu sur sa position en expliquant que des échanges avec certains de ses collègues l’avaient convaincu de privilégier l’apaisement et de retirer sa demande.
Ce spectaculaire revirement a été accueilli avec beaucoup de scepticisme par une large partie de l’opinion publique. Pour de nombreux Sénégalais, cette succession de déclarations contradictoires traduit davantage une volonté de préserver des équilibres internes et des intérêts personnels qu’une réelle recherche de vérité ou de responsabilité.
Cette perception est d’autant plus forte que, après le sacre continental des Lions, les membres de la Fédération avaient eux aussi bénéficié d’importantes récompenses, au même titre que les joueurs. Dès lors, beaucoup s’interrogent : lorsque viennent les honneurs, les dirigeants partagent les récompenses ; lorsque survient l’échec, pourquoi cherchent-ils à en faire porter seul le poids au sélectionneur ?
L’intervention de Bakary Cissé sur la TFM a également choqué de nombreux téléspectateurs. Son ton particulièrement sévère à l’égard de Pape Thiaw contraste avec le silence observé sur les responsabilités de la Fédération elle-même. Or, si le sélectionneur doit répondre de ses choix sportifs, les dirigeants fédéraux doivent eux aussi s’expliquer sur leur propre gestion, notamment concernant les informations faisant état de dysfonctionnements et de problèmes extrasportifs durant le séjour de la délégation sénégalaise aux États-Unis.
Le véritable débat dépasse aujourd’hui la seule question du sélectionneur. Il porte sur la gouvernance même du football sénégalais.
L’autonomie dont bénéficient les fédérations nationales sous l’égide de la FIFA est essentielle pour préserver leur indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Toutefois, cette autonomie ne devrait jamais être synonyme d’absence de transparence ou de reddition de comptes. Lorsqu’une fédération gère des ressources importantes et représente toute une nation, elle doit accepter de rendre compte de ses décisions et de sa gestion.
Il est temps que les pratiques évoluent. L’État du Sénégal finance une part importante du fonctionnement du football national, participe au paiement des sélectionneurs, soutient les équipes nationales et contribue aux primes des joueurs. Dans ces conditions, il est légitime que les représentants de la nation puissent exercer un contrôle sur l’utilisation des ressources publiques.
C’est pourquoi il serait opportun que les autorités compétentes, notamment l’Assemblée nationale et les organes de contrôle habilités, examinent de manière transparente les conditions d’organisation de la participation du Sénégal à la Coupe du monde 2026, tant sur le plan financier qu’administratif. Une telle démarche permettrait d’établir les responsabilités de chacun et, surtout, de poser les bases d’une réforme profonde de la gouvernance du football sénégalais.
Les Sénégalais ne réclament pas des règlements de comptes entre dirigeants. Ils attendent des explications, de la transparence et des réformes capables de redonner au football national la crédibilité qu’il mérite.
TASS XIBAAR