Campagne arachidière sous tension : Sonko promet une rupture dans la politique agricole
La grogne est palpable dans les campagnes. Cette année encore, la campagne de commercialisation de l’arachide suscite incompréhensions et frustrations chez de nombreux producteurs, confrontés à des difficultés pour écouler leurs récoltes, malgré le prix plancher fixé par l’État. Une situation qui alimente les plaintes et relance le débat sur l’efficacité du modèle agricole sénégalais. En déplacement à Passy ce jeudi, le Premier ministre Ousmane Sonko a pris la parole pour tenter de rassurer les paysans, tout en reconnaissant les limites du système actuel. Face aux critiques, il a d’abord rappelé le contexte particulier de cette campagne, marquée par une production exceptionnelle. « Nous sommes passés de 600 000 tonnes l’an dernier à près de 900 000 tonnes cette année. Une telle performance ne peut pas être absorbée en un jour », a-t-il expliqué, admettant toutefois une certaine lenteur dans la commercialisation. Le chef du gouvernement se veut néanmoins rassurant : selon lui, tous les producteurs qui souhaitent vendre leurs stocks pourront le faire. Mais au-delà de la gestion conjoncturelle de la campagne en cours, Ousmane Sonko annonce surtout un tournant stratégique dès l’année prochaine. « La campagne agricole ne se déroulera plus de la même manière. Nous allons mettre en place une nouvelle politique agricole », a-t-il promis. Dans cette perspective, un comité dédié a déjà été installé à la Primature afin de réfléchir à des solutions structurelles. Pour le Premier ministre, le constat est sans appel : malgré les centaines de milliards de francs CFA injectés chaque année dans le secteur, personne n’est réellement satisfait. « Le paysan n’est pas content, l’industriel n’est pas content, l’exportateur n’est pas content et l’État non plus. Cela signifie que le système ne fonctionne pas », a-t-il martelé. La piste privilégiée par le gouvernement serait une réorientation des subventions, avec un accent particulier sur la mécanisation et l’irrigation. Ousmane Sonko interroge ouvertement les choix budgétaires actuels : faut-il continuer à subventionner de manière classique ou investir ces ressources dans des forages et des infrastructures permettant aux agriculteurs de produire toute l’année ? « Pourquoi ne pas permettre aux paysans de cultiver douze mois sur douze au lieu de trois ? », a-t-il lancé à son auditoire.