Marché d’armement de 45 milliards FCFA : la DIC remonte la piste de virements douteux et de possibles pots-de-vin
L’affaire du marché d’armement de 45,3 milliards de francs CFA, conclue en catimini sous l’ancien régime, refait surface avec fracas. Saisie par le parquet financier, la Division des investigations criminelles (DIC) mène actuellement une enquête approfondie sur des soupçons de détournement de deniers publics, de blanchiment de capitaux et de corruption à grande échelle, rapporte Libération.
Au centre de l’affaire, un contrat signé en décembre 2021 entre le ministère de l’Environnement et Lavie Commercial Brokers-SUARL, une société créée seulement un mois et demi plus tôt, le 16 novembre 2021. Le marché portait sur la fourniture d’équipements de sécurité, de véhicules d’intervention et de matériel logistique et technique. Mais rapidement, des zones d’ombre sont apparues. Le contrat avait été paraphé au nom de Lavie par David Benzaquen, ancien collaborateur du marchand d’armes israélien Gaby Peretz. Or, le numéro de téléphone mentionné dans les documents de création de l’entreprise était celui d’un certain « M. Aboubacar », identifié comme Aboubacar Hima, alias « Petit Boubé », courtier nigérien connu pour son rôle dans de nombreux marchés d’armement en Afrique.
Selon un rapport de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), transmis au parquet, plusieurs opérations financières liées à ce contrat sont jugées suspectes. « Petit Boubé » avait ouvert deux comptes dans une même banque sénégalaise au nom de ses sociétés Technologie Service International (TSI) et Eurocockpit. Des virements totalisant 3,09 milliards FCFA ont été effectués depuis Lavie et Eurocockpit vers TSI. Ces montants ont ensuite été dispersés à travers des retraits massifs en espèces, des virements internes et des transferts de devises vers l’étranger.
Parmi les opérations les plus controversées : des retraits de 85 et 150 millions FCFA au profit de D.A. A Jacques et A. Loum le 27 février 2023. Le lendemain, A. Loum retirait à nouveau 185 millions FCFA, en espèces. Aucune de ces opérations n’a été justifiée, selon le rapport.Toujours selon Libération, « Petit Boubé » aurait également encaissé, par chèques, 565,5 millions FCFA après la signature du contrat. Il aurait tenté de couvrir certains transferts internationaux en les justifiant par un supposé contrat classé « secret défense » et des opérations de dédouanement au nom du ministère. Mais les vérifications menées ont démontré le caractère fallacieux de ces justifications.Vers un scandale de corruption d’État ?Le fait le plus alarmant, selon les enquêteurs, est que ces opérations financières suspectes ont toutes été enregistrées après le versement d’une avance de 34 milliards FCFA à « Petit Boubé », censée permettre le « préfinancement » du marché.Pour la CENTIF, la structure de ces retraits en liquide et des virements internationaux non justifiés laisse fortement soupçonner des rétrocommissions ou versements de pots-de-vin. Une hypothèse que la DIC s’efforce désormais de confirmer, en retraçant le circuit des fonds et en identifiant tous les bénéficiaires finaux.Ce dossier pourrait bien révéler l’un des plus vastes scandales de corruption liés à l’armement jamais enregistrés au Sénégal.