Affaire des 50 millions FCFA : Ismaïla Madior Fall porte la bataille à la Cedeao et vise Ousmane Diagne
Le dossier des présumés 50 millions FCFA prend une dimension internationale et politique. Poursuivi devant la Haute Cour de Justice pour une supposée tentative de corruption, l’ancien garde des Sceaux Ismaila Madior Fall choisit désormais de contre-attaquer hors des frontières judiciaires sénégalaises. Acculé par une procédure qui se resserre autour de lui, l’ex-ministre a décidé de saisir la Cour de Justice de la Cedeao pour tenter de faire stopper les poursuites engagées contre sa personne.
D’après les révélations de L’Observateur dans son édition de ce vendredi 15 mai, la requête, introduite par son avocat Me Ciré Clédor Ly, a été officiellement enregistrée le 11 mai dernier. L’État du Sénégal a déjà été notifié et dispose d’un délai de quinze jours pour présenter sa défense devant la juridiction communautaire.
Derrière cette offensive judiciaire, la défense déroule une stratégie méthodique articulée autour de trois procédures distinctes. La première vise à contester la légalité de toute la procédure engagée au Sénégal contre l’ancien ministre. La deuxième demande une procédure accélérée, les avocats estimant que l’instruction nationale serait pratiquement achevée. Enfin, une troisième requête en référé réclame des mesures conservatoires urgentes, notamment la suspension des poursuites au Sénégal ainsi que la levée de l’assignation à résidence sous surveillance électronique imposée à l’ancien garde des Sceaux.
Mais le point le plus sensible de cette contre-offensive reste l’attaque directe portée contre l’ancien ministre de la Justice Ousmane Diagne. La défense estime que la lettre adressée en avril 2025 à l’Assemblée nationale pour demander la mise en accusation d’Ismaïla Madior Fall serait juridiquement irrégulière. Selon les avocats, le ministre de la Justice n’avait pas qualité pour déclencher une telle procédure devant la Haute Cour de Justice, cette compétence appartenant exclusivement au Procureur général près la Cour suprême.
Les conseils de l’ancien ministre dénoncent également une violation du principe de séparation des pouvoirs. Ils accusent le ministère de la Justice d’avoir orienté les actes d’enquête et apprécié lui-même l’opportunité des poursuites, en contradiction avec la Constitution sénégalaise et plusieurs conventions internationales.
Enfin, la défense évoque de graves atteintes aux droits fondamentaux, notamment au droit à un procès équitable, aux droits de la défense, à la présomption d’innocence et au droit à un recours effectif. Pour les avocats de l’ancien garde des Sceaux, toute la procédure serait entachée d’irrégularités majeures.
Avec cette saisine de la Cour de Justice de la Cedeao, l’affaire quitte désormais le seul terrain judiciaire sénégalais pour devenir un dossier aux résonances régionales, sur fond de tensions entre pouvoir politique, justice et anciens dignitaires de l’État.