CNRM et langues nationales : passe d’armes puis accalmie entre Alioune Tine et le Directeur de la Communication
Un échange musclé, puis un retour au dialogue. Sur les réseaux sociaux, le directeur de la Communication au ministère piloté par Alioune Sall, Habibou Dia, et le membre de la société civile Alioune Tine se sont affrontés à deux reprises, avant d’afficher finalement une convergence de vues.
Tout est parti d’une publication du fondateur d’Afrijom Center relayant une vidéo de l’opposant Thierno Alassane Sall pour dénoncer la création du Conseil national de Régulation des Médias (CNRM) en remplacement du CNRA. Pour le défenseur des droits humains, une telle orientation pourrait constituer un recul. « On n’a pas fait la Révolution pour revenir en arrière sur les libertés fondamentales (…) Revenir en arrière en verrouillant l’espace civique ne s’appelle pas révolution mais involution ou régression », a-t-il notamment écrit, plaidant pour davantage de concertation démocratique.
Une lecture aussitôt contestée par Habibou Dia. Sur X, le responsable de la communication du ministère des Télécommunications et du Numérique a reproché au « doyen » de ne pas refléter la réalité du processus. Il affirme qu’Alioune Tine a été invité à plusieurs rencontres préparatoires qu’il n’aurait pas honorées. Selon lui, la publication reprise d’un acteur politique « risque de tromper beaucoup de monde » au regard des concertations menées.
Deuxième round sur la question linguistique
À peine une heure plus tard, les deux hommes se retrouvent à nouveau en désaccord, cette fois sur la décision du ministère de lancer une édition en arabe de deux journaux afin de renforcer l’inclusion des arabophones.
Alioune Tine estime que la priorité aurait dû aller aux langues nationales. « La version wolof, peule, sérère ou joola était prioritaire », a-t-il soutenu. Une position que Habibou Dia nuance aussitôt. Le directeur de la communication interroge la question de l’alphabet et de la standardisation, tout en appelant à « respecter les arabophones du Sénégal et les familles religieuses dont c’est la langue de travail », au même titre que les francophones.
Mais Alioune Tine ne lâche pas prise. Il rappelle que les langues nationales sont déjà codifiées et que l’écriture ajami existe depuis des siècles. Pour lui, la souveraineté culturelle et civilisationnelle du Sénégal passe nécessairement par la promotion des langues africaines.
Une sortie par le haut
Après ces échanges nourris, le ton s’est finalement apaisé. Habibou Dia a reconnu la pertinence du postulat de son interlocuteur, tout en réaffirmant l’importance de l’inclusion des arabophones. Se disant favorable à l’usage de l’ajami, il s’est même déclaré prêt à accompagner toute initiative visant à promouvoir les langues nationales dans la presse écrite.
Une passe d’armes qui se termine donc sur une note d’ouverture, laissant entrevoir la possibilité d’une réflexion commune sur la place des langues nationales dans l’espace médiatique sénégalais.