Affaire Bandiaky : le « Sniper » rattrapé par les fantômes de 2022
Longtemps présenté comme un simple détenu dans un dossier de détention illégale d’armes, d’escroquerie au service et d’avantages indus, Jérôme Bandiaky – alias « Sniper » – bascule désormais dans une tout autre dimension judiciaire. Derrière les murs de la prison où il croupit en détention préventive, un nouveau front vient de s’ouvrir, bien plus lourd que tout ce que ses avocats imaginaient. Selon les informations de Libération, le juge du troisième cabinet a frappé fort. Une nouvelle inculpation, assortie d’un mandat de dépôt, pour séquestration, assassinat, viol et menaces de mort plonge l’ancienne garde rapprochée dans l’abîme La bascule est brutale. Et elle s’appuie sur un réquisitoire supplétif du parquet qui remet au premier plan une affaire restée comme une profonde cicatrice dans les rangs de la sécurité nationale : la disparition trouble, en 2022, de l’adjudant-chef Didier Badji et du sergent Fulbert Sambou. Ce soir-là, les deux hommes s’évanouissent dans un flou inquiétant. Quelques jours plus tard, la mer recrache le corps sans vie de Fulbert Sambou. Aucune certitude sur les circonstances de sa mort, aucune lumière sur ce qui s’est réellement passé. Didier Badji, lui, s’est évaporé. Deux ans après, l’ombre de cette énigme flotte encore sur les dossiers judiciaires du pays. Et c’est un témoignage inattendu qui vient tout relancer. Une femme, entendue par la Section de recherches dans le cadre d’une délégation judiciaire, aurait livré des informations qualifiées de « précieuses » par des sources concordantes. Des éléments suffisamment solides pour pousser le parquet à revoir sa copie et à élargir les poursuites contre Bandiaky.Dans le camp de la défense, la stupéfaction est totale. Me Djiby Diallo, l’un des avocats du mis en cause, ne cache pas sa sidération.« Il n’a jamais été entendu sur cette affaire, ni par la police ni par la gendarmerie », assure-t-il, dénonçant un virage procédural aussi brutal qu’incompréhensible à ses yeux. Reste que, dans les coulisses du palais de justice, une certitude s’installe : l’affaire Badji–Sambou n’a jamais vraiment été close. Elle vient de rattraper, avec violence, celui que l’on surnomme « Sniper ». Le procès à venir dira si l’homme porté aux nues dans certains cercles, et craint dans d’autres, porte ou non la signature de ces disparitions qui hantent encore la mémoire collective.