Arcelor Mittal – État du Sénégal : un protocole controversé qui défie la transparence
Le feuilleton judiciaire autour du différend opposant l’État du Sénégal à Arcelor Mittal connaît un nouveau rebondissement. Des documents exclusifs révélés par L’Observateur lèvent le voile sur un accord transactionnel de 140 millions de dollars, conclu dans des conditions qui interrogent, tant sur la transparence que sur le respect des procédures. Le 30 mai 2014, Aly Ngouille Ndiaye, alors ministre des Mines, apposait sa signature au bas d’un protocole engageant l’État du Sénégal. L’accord fut ensuite approuvé par Amadou Bâ, ministre de l’Économie et des Finances de l’époque. Objectif : solder le différend né de la rupture du contrat liant le Sénégal au géant sidérurgique Arcelor Mittal, qui devait investir dans l’exploitation du fer de la Falémé, dans le Sud-Est du pays. Mais derrière ce règlement à l’amiable se cache une clause de confidentialité d’une durée de dix ans, interdisant toute divulgation des termes de l’accord. Un voile opaque qui, aujourd’hui, soulève des soupçons. Selon les documents consultés et dévoilés par le journal, le paiement a été effectué par double transaction, transitant par l’agence centrale de BNP Paribas à Paris. Les fonds furent virés sur un compte numéroté, ouvert à Londres, avec pour référence : ESA18507pmc. Ce schéma financier, jugé inhabituel, nourrit toutes les spéculations. Où est réellement passé l’argent ? À qui a-t-il profité ? Depuis plus de trente ans, le gisement de fer de la Falémé, l’un des plus prometteurs du continent, est au centre de multiples rebondissements politiques, économiques et judiciaires. Après la rupture du contrat avec Arcelor Mittal en 2012, l’État sénégalais cherchait à tourner la page. Mais loin de dissiper les zones d’ombre, le protocole signé en 2014 en a créé de nouvelles. Les observateurs pointent du doigt un manque criant de transparence. Les sommes colossales engagées auraient dû être retracées avec précision dans le budget de l’État. Or, selon plusieurs témoignages, ce fut loin d’être le cas. Aujourd’hui, alors que la justice sénégalaise s’intéresse de près à ce dossier sensible, l’opinion publique découvre l’existence de clauses et de transactions jusque-là tenues secrètes. « Ce protocole défie la transparence », confient plusieurs sources proches de l’enquête, dénonçant un « pacte signé en catimini, au détriment de l’intérêt général ». Pour de nombreux analystes, cette affaire illustre la difficulté de gérer les grands contrats miniers au Sénégal. Derrière les chiffres mirobolants, se cachent souvent des accords opaques, des commissions occultes et des zones grises qui fragilisent la gouvernance publique. Alors que les auditions des principaux acteurs s’ouvrent devant le doyen des juges, l’affaire Arcelor Mittal promet de révéler d’autres secrets. Une chose est certaine : le Sénégal devra tôt ou tard solder le passif de ce protocole, qui reste l’un des plus mystérieux de son histoire minière et financière.