Tuberculose à Dakar : près de 700 cas recensés entre janvier et juin 2025 à Guédiawaye et Pikine
La tuberculose continue de sévir dans la banlieue dakaroise. À Guédiawaye et Pikine, deux districts sanitaires particulièrement exposés, près de 700 cas ont été recensés au cours des six premiers mois de l’année 2025, selon les données recueillies lors d’une visite de presse organisée par l’Association des journalistes.
Le superviseur communautaire du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) à Guédiawaye, Abdoulaye Diouf, a rapporté 320 cas pour le seul deuxième trimestre 2025. À ces chiffres s’ajoutent les 178 cas notifiés au premier trimestre, selon les précisions du docteur Diop, médecin-chef du district sanitaire, contacté par L’Observateur.
Au total, le district de Guédiawaye cumule ainsi 498 cas de tuberculose à mi-parcours de l’année.Un chiffre préoccupant, mais qui reste inférieur au total de l’année précédente : en 2024, plus de 900 cas avaient été enregistrés, dont 670 formes bactériologiquement positives, les plus contagieuses. Le docteur Diop attribue cette persistance de l’épidémie à un faisceau de facteurs aggravants : une densité humaine extrêmement élevée (environ 32 000 habitants par km²), la précarité, la promiscuité, mais aussi l’ignorance, la stigmatisation sociale et un accès limité à l’information et aux soins.
L’un des défis majeurs, selon lui, reste la prise en charge des patients « perdus de vue », ces malades qui interrompent leur traitement avant terme. Pour les retrouver, les équipes sanitaires déploient plusieurs stratégies : visites à domicile, appels téléphoniques, counseling, mobilisation d’anciens patients comme relais communautaires, ou encore contractualisation avec des organisations communautaires de base (OCB).
Autre préoccupation soulevée, la tuberculose infantile, souvent négligée. Difficile à diagnostiquer chez l’enfant, car les symptômes typiques, comme la toux, sont absents ou discrets, elle souffre d’un déficit d’attention. Selon Abdoulaye Diouf, la négligence parentale, le manque de sensibilisation et l’absence d’outils diagnostiques adaptés compliquent davantage la situation. Chez les enfants contacts ou immunodéprimés, un traitement préventif à base d’isoniazide (TPI) est recommandé pour éviter l’évolution vers la forme active.
Pikine : 200 cas recensés au deuxième trimestre
À Pikine, la situation est tout aussi préoccupante. Selon Ndèye Marie Diagne, infirmière au centre de santé Dominique et point focal tuberculose du district, 200 cas ont été diagnostiqués et mis sous traitement au deuxième trimestre 2025. Les données du premier trimestre n’ont pas été précisées, mais la tendance semble converger avec celle observée à Guédiawaye. Avec les 498 cas confirmés à Guédiawaye et les 200 cas de Pikine au deuxième trimestre, le nombre de cas déclarés dans la banlieue dakaroise atteint déjà 698. Un chiffre provisoire, susceptible d’augmenter dès la consolidation complète des données du district de Pikine.
Le district de Guédiawaye vise un objectif annuel de 1175 cas détectés, correspondant à une incidence cible de 304 cas pour 100 000 habitants. À mi-parcours, seulement 43 % de cet objectif a été atteint. Un résultat à double lecture : s’il traduit une intensification du dépistage, il rappelle aussi la vigueur persistante de l’épidémie dans les zones urbaines défavorisées.
Face à cette menace sanitaire, les professionnels de santé insistent sur l’implication indispensable des journalistes. « Informer, c’est déjà soigner », affirment-ils. Ils appellent à la diffusion de messages vérifiés, à la mise en lumière des initiatives de santé publique et à la vigilance face à la désinformation, aux charlatans et aux discours magico-religieux. Car dans le combat contre la tuberculose, l’information reste une arme de santé.