Révision du procès Sonko–Niang : Me Ciré Clédor Ly annonce une bataille judiciaire pour la “vérité confisquée
Le dossier Ousmane Sonko contre le ministère public et Mame Mbaye Niang revient sur le devant de la scène judiciaire. Lors d’un point de presse tenu ce 22 décembre 2025, les avocats de l’ancien opposant, aujourd’hui figure centrale du pouvoir, ont officiellement annoncé le dépôt d’une demande de révision du procès qui avait valu à leur client une condamnation pour diffamation. Une initiative présentée comme une « bonne nouvelle », non seulement pour Sonko, mais pour le Sénégal, sa diaspora et, au-delà, pour tous ceux qui ont redouté un basculement durable du pays dans l’arbitraire.
Lundi, face à la presse nationale et internationale, Me Ciré Clédor Ly a dressé un réquisitoire sévère contre ce qu’il qualifie de “conspiration politico-judiciaire”, affirmant que le procès intenté à Ousmane Sonko relevait moins du droit que d’une volonté politique d’écarter un adversaire jugé trop dérangeant.
Un procès “inéquitable”, symbole d’un affrontement politique
Pour la défense, l’affaire Sonko–Mame Mbaye Niang dépasse de loin une simple procédure en diffamation. Elle serait, selon Me Ly, l’illustration d’un système ayant violé les droits fondamentaux d’un citoyen : comparutions forcées, atteintes à la liberté, tentatives d’assassinat, décisions rendues au mépris du droit à un procès équitable, appels jugés abusifs du parquet et de la partie civile, et programmation de l’affaire avant l’expiration des délais légaux.
Plus grave encore, l’avocat dénonce le refus de la Cour suprême d’examiner un recours en inconstitutionnalité, ainsi que l’empressement du Conseil constitutionnel à invalider la candidature d’Ousmane Sonko sur la base d’une décision non définitive. « Une commande politique exécutée froidement », affirme-t-il, évoquant même des entraves internes à l’enquête, malgré les tentatives d’un commissaire de police d’établir la vérité par des réquisitions adressées au ministère des Finances.
La révision, “dernier rempart contre l’erreur judiciaire”
Au cœur de ce point de presse, la procédure de révision est présentée comme un droit fondamental prévu par le législateur pour corriger des erreurs judiciaires devenues définitives. Contrairement à l’amnistie, insiste Me Ly, la révision efface la condamnation elle-même, tant sur le plan pénal que civil, et ouvre droit à réparation pour la victime d’une injustice.
« Demander la révision du procès n’est pas un privilège, mais un droit, pour Ousmane Sonko comme pour tous ceux qui sont épris de vérité et de justice », martèle l’avocat. Il rappelle que cette voie de recours exceptionnelle reste ouverte même lorsque toutes les autres ont été épuisées, et même, dans certains cas, pour des personnes décédées.
Éligibilité de Sonko : “un faux débat”
Profitant de la tribune, la défense a également tenu à lever toute ambiguïté : Ousmane Sonko est aujourd’hui électeur et éligible, affirme Me Ly, balayant toute controverse sur la question. « Tout débat autour de ce sujet est sans intérêt », tranche-t-il, estimant que l’acharnement judiciaire visait précisément à confisquer ce droit politique.
Mame Mbaye Niang, “instrument d’un mensonge d’État”
Dans ce long exposé, Mame Mbaye Niang est décrit comme une “tête de turc”, utilisée à des fins politiques. La défense l’accuse d’avoir persisté dans le mensonge « sans éthique ni pitié », allant jusqu’à souligner son départ du pays comme une fuite devant la vérité. Me Ly appelle l’ancien ministre à revenir faire face à ses déclarations, tout comme le ministère public, afin que la justice puisse, cette fois, se confronter aux faits.
Une affaire qui a marqué l’histoire judiciaire du Sénégal
Pour les avocats de Sonko, ce procès a profondément terni l’image de la justice sénégalaise, au point d’en faire une affaire suivie et commentée à l’échelle internationale. « Lorsque la justice sert le mensonge, la vérité fléchit, mais ne disparaît jamais », conclut Me Ciré Clédor Ly, appelant à une justice retrouvant son autorité et sa dignité.
Si la commission de révision rend un avis favorable, le procès en révision du dossier Sonko contre le ministère public et Mame Mbaye Niang pourrait devenir inédit, non pas comme une simple correction d’erreur judiciaire, mais comme la reconnaissance officielle d’un dysfonctionnement politico-judiciaire majeur dans l’histoire récente du Sénégal.
Une bataille judiciaire s’ouvre donc, avec, en toile de fond, une question lourde de sens : la justice sénégalaise est-elle prête à regarder son passé en face pour rétablir la vérité ?