La métamorphose de Walfadjri : entre engagement et alignement politique
Walfadjri, autrefois érigée en véritable “chaîne des sans-voix” par son fondateur Sidy Lamine Niass, semble aujourd’hui avoir perdu cette identité forte qui faisait sa grandeur et sa crédibilité auprès des Sénégalais. Ce média, longtemps respecté pour son indépendance et son ton libre, donne désormais l’image d’un organe de communication acquis à Pastef. Une évolution qui attriste de nombreux observateurs du paysage médiatique sénégalais.
Sous la houlette de Moustapha Diop, la ligne éditoriale de la chaîne est de plus en plus critiquée pour son manque d’équilibre et de pluralisme. Là où Walfadjri incarnait autrefois une voix indépendante, capable de tenir tête à tous les régimes sans distinction, beaucoup estiment qu’elle s’est progressivement transformée en relais politique au service d’un seul camp.
Pourtant, du temps de Abdoulaye Wade comme sous Macky Sall, Sidy Lamine Niass avait toujours refusé de courber l’échine devant le pouvoir. Malgré les pressions, les intimidations et les tensions avec les autorités, il avait choisi de préserver l’indépendance de son groupe de presse. Il voulait une télévision capable de dénoncer les abus, d’interpeller les dirigeants et de défendre la démocratie, sans jamais devenir l’instrument d’un pouvoir politique. C’est cette posture qui avait valu à Walfadjri le respect d’une grande partie des Sénégalais.
Aujourd’hui, cette télévision est devenue méconnaissable aux yeux de beaucoup. Le traitement de l’information est régulièrement jugé orienté, certaines émissions apparaissant taillées sur mesure pour défendre un seul courant politique, tandis que les voix discordantes y trouvent de moins en moins leur place. Le malaise est d’ailleurs perceptible jusque dans les rangs de la chaîne elle-même. Lors d’une émission, un journaliste reconnu pour son professionnalisme n’a pas hésité à qualifier certains de ses collègues de “Sonkoïstes”. Une sortie révélatrice d’un climat devenu pesant et d’une perception désormais largement répandue.
Voir Walfadjri suivre cette trajectoire est profondément triste pour tous ceux qui croient encore à l’importance d’une presse libre, crédible et équidistante des pouvoirs politiques. Beaucoup pensent aujourd’hui que Sidy Lamine Niass doit se retourner dans sa tombe en voyant ce qu’est devenue cette télévision qu’il avait bâtie avec courage, caractère et indépendance.
JAMIL NDIAYE, SOCIOLOGIE