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France 24 – Bassirou Diomaye Faye sur la dette cachée : « Nous avons fait notre part, la justice tranchera pour les responsabilités »

Invité de France 24 ce jeudi à 16h30, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye s’est exprimé sur la situation économique du pays, secoué par la découverte d’une dette cachée estimée par le FMI à 7 milliards de dollars. Dans un entretien dense, il est revenu sur les audits engagés par son gouvernement, la relation avec le FMI et la question sensible d’éventuelles poursuites visant l’ancien chef de l’État Macky Sall.

Le président a d’abord rappelé qu’en mai 2018, une lettre avait été adressée au FMI par Ousmane Sonko, alors unique député de son mouvement et aujourd’hui Premier ministre, pour dénoncer les dépassements liés aux ressources extérieures : « À l’époque, il s’agissait de 236 milliards. Le FMI n’avait pas donné suite. » Six ans plus tard, devenu chef de l’État, Diomaye Faye dit avoir pris ses responsabilités en appliquant la loi sur la transparence des finances publiques.T

Trois audits pour rétablir la vérité

Il a détaillé les dispositifs mis en place : un audit de la Cour des comptes, imposé par la loi, et deux audits additionnels confiés à des cabinets privés internationaux. « Nous ne l’avons pas fait pour le FMI, mais pour notre peuple et pour la crédibilité du Sénégal », a-t-il insisté. Les résultats sont inquiétants : la Cour des comptes avait révélé une dette représentant 73 % du PIB et un déficit de 4,9 %. Mais les audits complémentaires ont montré une réalité bien plus grave : « Nous sommes à près de 111 % de dette et 13 % de déficit », a affirmé le président.

Pression sur le FMI

Concernant l’avenir de la coopération, le chef de l’État a rappelé que le FMI restait libre de ses méthodes, mais il attend désormais des signaux clairs : « Nous voulons que le FMI presse un peu le pas pour que nous sachions sur quel pied danser et que les partenaires, qui attendent son signal, puissent poursuivre leur travail avec le Sénégal. »

A la question de savoir si les audits seraient rendus publics, le président a nuancé : « Ce n’est pas notre audit. Mais si le FMI mène un audit, il lui reviendra d’en assumer la publication. »

Macky Sall et la reddition des comptes

L’entretien a pris une dimension politique avec la question des responsabilités de l’ancien régime. Plusieurs anciens ministres sont déjà poursuivis, et un député de la majorité a même demandé que l’ex-président Macky Sall soit jugé pour haute trahison. Bassirou Diomaye Faye n’a pas fermé la porte à cette hypothèse : « L’ordre public et la paix civile reposent sur une justice équitablement distribuée. Je fais la différence entre se faire justice et rendre la justice. Rendre la justice suppose respecter la présomption d’innocence, les droits de la défense et assurer un procès équitable. » Et d’ajouter : « En définitive, c’est la justice sénégalaise, libre et indépendante, qui tranchera sur la base de preuves matérielles présentées devant un juge indépendant. »

A travers cet entretien, Bassirou Diomaye Faye a tenu un double discours : la fermeté dans l’assainissement des finances publiques et la prudence institutionnelle face aux appels à juger Macky Sall. Mais un signal fort est donné : les responsabilités dans la dette cachée ne resteront pas impunies, et la justice sénégalaise aura le dernier mot.

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