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Dr Saliou Ngom sur un supposé bras de fer Exécutif-Justice: « Ces rapports de force peuvent être interprétés comme l’expression d’un équilibre des pouvoirs»

Dans un entretien accordé à L’Observateur, le socio-politiste et chercheur à l’IFAN, Dr Saliou Ngom, livre une lecture des tensions récurrentes entre l’Exécutif et le Judiciaire au Sénégal. Pour lui, loin de traduire une crise institutionnelle, ces frictions relèvent plutôt d’une dynamique normale propre aux démocraties pluralistes.

Au Sénégal, les relations souvent heurtées entre l’Exécutif et le Judiciaire alimentent régulièrement le débat public, au point d’être parfois perçues comme les symptômes d’un dysfonctionnement profond de l’État de droit. Une lecture que nuance fortement Dr Saliou Ngom, socio-politiste et chercheur à l’IFAN, dans cet entretien accordé à L’Observateur. D’emblée, l’universitaire invite à distinguer deux registres que le débat public tend à confondre. D’un côté, les rapports institutionnels entre l’Exécutif et la Justice sénégalaise ; de l’autre, les questions diplomatiques, notamment celles liées aux relations avec la France et aux procédures d’extradition. « Ce sont deux dynamiques distinctes, obéissant à des logiques politiques et institutionnelles différentes », insiste-t-il. Sur le fond, Dr Ngom rappelle une réalité souvent occultée : les tensions entre pouvoirs sont constitutives de toute démocratie. Elles ne sont ni une anomalie ni, nécessairement, le signe d’une crise. « Ces rapports de force peuvent être interprétés comme l’expression d’un équilibre des pouvoirs », soutient-il, soulignant que dans des démocraties établies comme la France ou les États-Unis, ces tiraillements sont permanents. Dans cette perspective, ce qui est observé au Sénégal relèverait davantage d’un fonctionnement institutionnel normal, où chaque pouvoir cherche à affirmer son autonomie, sa légitimité et ses marges de manœuvre. Ces tensions jouent même, selon lui, un rôle de régulation, en limitant toute tentative de concentration excessive du pouvoir et en rappelant les frontières juridiques de l’action politique. Interrogé sur les accusations récurrentes d’ingérence de l’Exécutif dans les affaires judiciaires, le chercheur appelle là encore à la nuance. Selon lui, toute prise de position de l’Exécutif sur une question judiciaire ne saurait être automatiquement assimilée à une atteinte à l’indépendance de la Justice. « L’Exécutif reste comptable de l’action publique, notamment en matière de sécurité, de droits des citoyens ou de stabilité politique », explique-t-il, estimant que certaines réactions peuvent relever d’une logique de responsabilité politique plutôt que d’une volonté d’empiétement. Quant à l’indépendance de la Justice et à la séparation des pouvoirs, Dr Saliou Ngom réfute l’idée qu’elles seraient inexistantes au Sénégal. Il évoque les crises politiques de 2021 et 2023 comme des moments révélateurs du rôle central joué par l’institution judiciaire. Malgré les pressions et les contestations, la Justice a continué, selon lui, à fonctionner comme un pouvoir à part entière, au cœur des arbitrages démocratiques.Toutefois, prévient-il, ces principes ne sont jamais définitivement acquis. Leur consolidation passe par des rapports de force assumés, mais aussi par la capacité de la Justice elle-même à affirmer et défendre son autonomie. Une responsabilité partagée, qui, pour le chercheur, demeure l’un des grands chantiers démocratiques du Sénégal.

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