CAD sous haute tension : le ministre de l’Intérieur évoque un projet de destruction des restaurants universitaires
La journée restera gravée comme l’une des plus sombres de l’histoire récente de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Abdoulaye Ba, étudiant de 20 ans en deuxième année de Médecine dentaire, a perdu la vie dans un contexte de violents affrontements entre étudiants et forces de défense et de sécurité. Un drame qui a replongé le campus dans une crise profonde, mêlant colère, incompréhension et interrogations. Face à l’émotion nationale suscitée par ce décès, le gouvernement est monté au créneau. Lors d’une conférence de presse tenue au Building administratif, quatre ministres, dont celui de l’Intérieur et de la Sécurité publique, ont tenté d’apporter des explications et d’esquisser des pistes de sortie de crise. D’entrée de jeu, Me Bamba Cissé s’est incliné devant la mémoire du jeune étudiant disparu. Reconnaissant le choc et l’indignation qui traversent l’opinion, le ministre a tenu à rassurer : « Je comprends les interrogations et les inquiétudes qui s’expriment. Certaines sont légitimes. Une enquête est en cours et toute la lumière sera faite sur les faits et les circonstances ayant conduit à cette tragédie », a-t-il déclaré, promettant des conclusions rapides et transparentes.
Au cœur de la polémique, la question des franchises universitaires. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a voulu lever toute ambiguïté. S’appuyant sur la loi n°94-79, Me Bamba Cissé a rappelé que les franchises universitaires concernent exclusivement les espaces pédagogiques — facultés, instituts et unités de formation et de recherche (UFR). Le campus social, a-t-il précisé, est assimilé juridiquement à un quartier ordinaire. À ce titre, il relève de la police administrative classique, autorisant l’intervention des forces de l’ordre pour le maintien de l’ordre public, sans que cela ne constitue une violation des règles universitaires. « Les franchises universitaires n’ont jamais été violées par l’État », a-t-il martelé. Conscient de la tension persistante dans l’espace académique, le ministre de l’Enseignement supérieur, Daouda Ngom, a insisté sur la volonté du gouvernement de privilégier la concertation. Il a rappelé les efforts déployés ces derniers mois pour apaiser le climat universitaire, citant notamment l’organisation des assises nationales de l’enseignement supérieur en juillet 2025, ainsi que des rencontres régulières avec les amicales étudiantes et les syndicats d’enseignants-chercheurs. Dans la même dynamique, un comité sectoriel de dialogue social a été mis en place avec l’appui du Haut Conseil du dialogue social. Ce cadre a déjà permis la tenue de sessions de formation au dialogue social à l’endroit des leaders étudiants. Pour le ministre, ces réformes structurelles constituent le seul levier durable pour bâtir un enseignement supérieur performant et en phase avec les exigences du développement national.Bourses et “présence effective” : une réforme qui crispe. Autre point de crispation ayant alimenté les récentes manifestations : le paiement des bourses. Daouda Ngom a assuré que les allocations sont désormais versées de façon régulière, chaque 5 du mois. Il a toutefois reconnu une « incompréhension » autour de la réforme dite de la “présence effective”. Cette mesure vise à conditionner le versement de la bourse à la présence réelle de l’étudiant dans son établissement. Selon le ministre, l’objectif est double : harmoniser le calendrier académique avec celui des allocations et garantir le paiement de douze mois de bourse par an à chaque étudiant.105 milliards de FCFA injectés en 2025. Pour étayer la position de l’État, le ministre a mis en avant l’ampleur des investissements consentis. En 2025, pas moins de 105 milliards de francs CFA ont été mobilisés pour le paiement des bourses, un niveau de financement qu’il juge supérieur à celui de nombreux pays de la sous-région.L’effort public concerne également la vie sociale sur les campus. Le ministre a souligné le niveau élevé de subvention de la restauration universitaire : alors que l’étudiant débourse en moyenne 250 FCFA par jour pour trois repas, l’État prend en charge environ 2 250 FCFA pour couvrir le coût réel du service.
Sécurité à l’UCAD : des renseignements alarmants sur le volet sécuritaire,
Me Bamba Cissé a révélé l’existence de renseignements faisant état de projets de vandalisme sur le campus. Selon lui, les forces de défense et de sécurité avaient été déployées pour prévenir des actes de destruction ciblant des infrastructures universitaires, notamment le restaurant universitaire.« Des informations précises indiquaient des risques sérieux d’attaques contre des biens publics », a expliqué le ministre, évoquant même des tentatives d’assaut signalées tôt le matin des événements. Pour lui, la présence des forces de l’ordre visait exclusivement la protection de biens appartenant à l’ensemble des Sénégalais, et non une entrave aux libertés académiques. Condamnant fermement les violences, qu’elles proviennent des manifestants ou des forces de l’ordre, Me Bamba Cissé a tenu un discours de fermeté. « Je condamne tout comportement abusif des forces de sécurité. La force doit être proportionnée, nécessaire et équilibrée. Toute faute avérée sera sanctionnée », a-t-il averti.Le ministre a également fait état de découvertes inquiétantes lors de fouilles dans certaines chambres universitaires : armes blanches et matériel assimilé à des engins explosifs artisanaux. Des faits qui, selon lui, traduisent une dégradation préoccupante du climat sécuritaire et font déjà l’objet de procédures judiciaires.Vers une nouvelle doctrine de maintien de l’ordrePour éviter la répétition de tels drames, le gouvernement annonce une révision des protocoles d’intervention en milieu universitaire et l’élaboration d’une nouvelle doctrine de maintien de l’ordre, visant à limiter au maximum l’usage de la force. Le renforcement du dialogue entre autorités académiques, étudiants et forces de sécurité est également présenté comme une priorité.
Franchises universitaires : la précision juridique de l’État