Fallou Fall : de la réclusion criminelle à l’acquittement, retour sur un procès en appel sous haute tension
Condamné à 15 ans de prison pour viol sur une fillette de 5 ans, Fallou Fall a été acquitté par la Cour d’appel de Dakar. Un revirement spectaculaire dans une affaire où s’entrelacent accusations de pédophilie, querelles familiales, incohérences médicales et défaillances procédurales.
Le 30 juillet 2025, Serigne Fallou Fall, 33 ans, originaire de Yeumbeul Mbed Fass, a comparu devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Dakar. En détention depuis le 17 mars 2020, il contestait sa condamnation prononcée en première instance par le Tribunal de grande instance hors classe de Pikine-Guédiawaye : 15 ans de réclusion criminelle pour viol sur mineure de moins de 13 ans. Le même tribunal l’avait toutefois relaxé du chef de pédophilie. La plaignante, Fatima Dieng, sa tante par alliance, n’avait pas réclamé de dommages et intérêts mais sa constitution de partie civile avait été admise.
Une affaire née d’une plainte familiale
L’affaire remonte au 6 mars 2020, lorsque Fatima Dieng se rend au commissariat de Yeumbeul pour dénoncer son beau-fils. Elle accuse Fallou d’attouchements sexuels sur sa fille, W. Fall, alors âgée de cinq ans. Selon ses déclarations, l’accusé aurait attiré l’enfant dans le salon avant d’introduire une tige en bois dans son sexe, provoquant des coupures visibles. D’autres faits similaires se seraient produits après la Korité. Ces allégations ont été reprises par la fillette, qui, en présence de sa mère, a décrit des abus récurrents, évoquant l’utilisation d’un cure-dent ou des doigts, malgré ses cris.
Un certificat médical en date du 11 mars 2020 évoque un hymen intact mais avec de petites lésions récentes. Le père, Cheikh Mbacké Fall, a confirmé avoir été informé par son épouse et a affirmé avoir consulté un gynécologue. Malgré une interdiction donnée à Fallou d’approcher la fillette, les contacts auraient continué. D’autres témoins, comme un voisin délégué de quartier et une voisine proche, ont également confirmé avoir été informés de ces soupçons, voire de discussions familiales internes à ce sujet.
Une défense offensive et un climat familial tendu
À la barre, Fallou Fall a catégoriquement nié les faits, dénonçant un « complot » orchestré par sa belle-mère avec laquelle les relations seraient tendues depuis le remariage de son père. Il a affirmé que celle-ci avait déjà porté de fausses accusations similaires contre son frère Serigne Saliou Fall en 2019. Cette accusation aurait, selon lui, été réglée par conciliation devant le délégué de quartier.
Soda Kandji, amie de la mère biologique de l’accusé, a appuyé cette version. Elle affirme que Fatima Dieng lui aurait avoué avoir monté de toutes pièces l’affaire. Elle a aussi déclaré que la fillette ne présentait aucun signe de traumatisme visible. Serigne Saliou Fall, lui aussi auditionné, a confirmé avoir été faussement accusé dans le passé. À l’inverse, Fatima Dieng a maintenu ses accusations, tout comme sa fille, W. Fall, qui a réitéré devant la Cour les faits d’abus.
Des incohérences relevées au procès
Le collectif d’avocats de la défense, composé notamment de Me Aïssata Ba, Me Khady Sène, Me Massamba Ndiaye, Me Aboubacry Barro et Me El Hadji Diouf, a plaidé l’acquittement. Ils ont dénoncé une procédure « entachée d’erreurs », un dossier « bâclé », et une affaire « instrumentalisée à des fins familiales ». Les avocats ont soulevé plusieurs incohérences, notamment le décalage de dates sur les certificats médicaux, des contradictions dans les témoignages, l’absence de preuves matérielles ou de témoins directs, et surtout un hymen resté intact. Ils ont également mis en avant le très jeune âge de la victime et ses difficultés à décrire avec précision les faits.
Me Diouf a qualifié l’affaire d’« injustice manifeste née d’un conflit domestique ». Il a dénoncé la légèreté de l’instruction et l’absence de preuves formelles. Le collectif a demandé l’acquittement pur et simple de leur client.
Un parquet prudent et une décision renversante
Fait notable : lors de l’audience, l’avocat général a lui-même admis la complexité du dossier. Tout en rappelant que les faits présumés relevaient bien d’une infraction criminelle, il a estimé que les éléments à charge ne permettaient pas d’établir la culpabilité de l’accusé avec certitude. Il a conclu en ces termes : « Nous recherchons la vérité, mais la vérité appartient à Dieu. »
La Cour a décidé de mettre l’affaire en délibéré jusqu’au 27 août 2025. En attendant, la demande de mise en liberté provisoire introduite par la défense a été rejetée.
À la sortie du palais, de nombreux proches de l’accusé, massés depuis le matin, ont laissé éclater leur joie et scandé : « Libérez Fallou ! »