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PRESSE SENEGALAISE : entre Griots du pouvoir et Snipers de l’opposition.

Au Sénégal, l’espace médiatique est de plus en plus tiraillé entre deux pôles aux discours antagonistes : d’un côté, les chantres de la critique virulente, parfois injurieuse, de l’actuel régime ; de l’autre, des relais médiatiques alignés sur une logique d’éloge systématique envers le pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko. Cette dualité malsaine plombe la qualité de l’information, brouille la mission première des médias et menace la maturité démocratique tant vantée du pays.

Chaque jour, les Sénégalais sont les témoins impuissants d’une guerre de narratifs alimentée par des chroniqueurs autoproclamés et certains journalistes peu soucieux des règles élémentaires de leur profession. Le débat public, au lieu de s’enrichir par la confrontation d’idées et l’apport d’analyses rigoureuses, est devenu le théâtre d’affrontements personnalisés, de calomnies, de propos haineux, d’attaques ad hominem et d’une pauvreté intellectuelle affligeante.

Ce n’est plus l’information qui prime, mais l’opinion brute, souvent orientée. La frontière entre journalisme, militantisme et propagande s’est dangereusement estompée. Beaucoup de médias traditionnels et de nouvelles plateformes, notamment sur YouTube, sont devenus des caisses de résonance d’une pensée binaire : pour ou contre, patriote ou traitre, pro-régime ou anti-pouvoir.

Il est de plus en plus rare de croiser des professionnels du journalisme rigoureux, formés, soucieux de vérifier les faits, d’enquêter et d’éclairer le public avec honnêteté. À la place, pullulent des commentateurs improvisés, qui, sous couvert de liberté d’expression, se livrent à des règlements de comptes, parfois même à des campagnes de diffamation contre des personnalités publiques ou de simples citoyens.

L’émergence de chaînes YouTube dites “alternatives” aurait pu constituer une opportunité pour élargir le débat démocratique. Hélas, bon nombre d’entre elles contribuent à radicaliser les discours et à accentuer la fracture médiatique. De part et d’autre, des voix s’érigent pour détruire plutôt que construire. Et le plus inquiétant est que certains acteurs de ces médias “nouvelle génération” se réclament du “Projet” ou de la protection supposée de figures comme Sonko, croyant ainsi pouvoir se permettre toutes les dérives, dans l’impunité la plus totale.

Le Sénégal a payé cher pour sa transition démocratique récente. Les morts enregistrés sous le régime précédent, les tensions, les souffrances, devraient appeler à plus de responsabilité. Ce n’est pas en remplaçant une forme d’arbitraire par une autre, un discours de haine par un autre, que le pays sortira grandi.

Les réseaux sociaux sont devenus un défouloir où certains jeunes, au lieu de s’investir dans des activités productives, passent leurs journées à s’écharper verbalement, à se livrer à des débats stériles et à nourrir un climat de suspicion généralisée. Cette obsession à “exister” en ligne, à tout prix, au détriment du réel, ne mène nulle part.

Le peuple sénégalais a placé beaucoup d’espoir dans le duo Sonko-Diomaye. Cet espoir ne doit pas être trahi par un environnement médiatique dévoyé. Il est temps de rappeler que la démocratie ne saurait prospérer sans une presse libre, professionnelle, éthique et équilibrée. Si nous ne faisons rien pour corriger cette dérive, nous irons droit dans le mur. Les mêmes causes produisent invariablement les mêmes effets. Et les conséquences pourraient être, une fois de plus, désastreuses.

TASS XIBAAR

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