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UCAD : libérations en cascade, autopsie accablante — la mort d’Abdoulaye Ba ravive la tension

Le campus de Dakar respire, mais le cœur n’y est pas. Si les cellules de police se sont vidées d’une centaine d’étudiants hier soir, le rapport d’autopsie d’Abdoulaye Ba, dont l’observateur décrit les conclusions glaçantes, menace tout espoir de retour immédiat au calme. Un souffle de soulagement a traversé, ce mercredi soir, les couloirs assombris de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD). Sur les 107 étudiants interpellés ces derniers jours, plus d’une centaine ont recouvré la liberté et retrouvé la chaleur de leurs familles. Un début d’accalmie ? Peut-être. Mais la décrispation reste fragile. Plusieurs leaders d’amicales demeurent en garde à vue, poursuivis pour des faits jugés graves. Ils portent désormais le poids judiciaire des affrontements qui ont transformé, l’espace de quelques heures, le temple du savoir en véritable champ de confrontation.

L’autopsie de la douleur. Alors que certaines familles étreignent leurs enfants libérés, une vérité autrement plus brutale s’est imposée dans un bureau feutré de l’Hôpital Idrissa Pouye de Grand Yoff. Le rapport du Dr M. A. Diallo sur le décès d’Abdoulaye Ba, survenu le 9 février, glace le sang. Loin de l’hypothèse d’une simple crise d’asthme, un temps évoquée, le médecin légiste décrit des lésions d’une extrême gravité : commotion cérébrale, hémorragie interne, traumatisme thoracique sévère. Les 10e et 11e côtes fracturées ont perforé le lobe pulmonaire. Le rein et la rate présentent également des atteintes significatives.

Diomaye sonne l’alerte, Sonko exige la vérité. Après la disparition tragique d’Abdoulaye Ba, le sommet de l’État est enfin sorti de sa réserve. En Conseil des ministres, mercredi, l’atmosphère était lourde, presque solennelle. Comme une veillée républicaine autour d’un drame de trop. Le nom du jeune étudiant, dont la vie s’est brutalement éteinte dans l’enceinte même du campus, a dominé les échanges. Face à ce décès qui ravive les tensions universitaires, le Président Bassirou Diomaye Faye a exprimé ses condoléances à la famille éplorée, avant d’élargir le débat à ce qu’il considère comme un mal plus profond. Pour le chef de l’État, l’université sénégalaise traverse des « crises systémiques » devenues chroniques. Instabilité récurrente, années académiques perturbées, entorses au système LMD : le diagnostic est sévère. Loin des ambitions affichées dans la vision « Sénégal 2050 », les campus peinent à incarner l’excellence promise. Diomaye Faye appelle ainsi à un dialogue permanent entre les acteurs et à un retour strict à l’orthodoxie administrative et budgétaire. Objectif : restaurer l’autorité académique et sortir durablement des turbulences.Mais c’est surtout le ton du Premier ministre Ousmane Sonko qui a marqué les esprits. Ferme, sans détour, il a dénoncé l’escalade de la violence dans l’espace universitaire. « Toute la lumière doit être faite », a-t-il martelé en substance. Le ministre de la Justice a reçu instruction d’ouvrir des enquêtes pour situer les responsabilités dans ce drame qui ternit encore l’image de l’enseignement supérieur sénégalais.Dans le même élan, le ministre de l’Intérieur est appelé à renforcer les mesures de sécurisation et d’apaisement sur les campus. Reste une interrogation lancinante dans les amphithéâtres et les couloirs de l’UCAD : ces décisions suffiront-elles à calmer la colère étudiante et à éviter de nouveaux dérapages ?

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