Prison de Rebeuss : Moustapha Diakhaté dénonce une machine à broyer les hommes
L’ancien député Moustapha Diakhaté brise le silence sur la réalité qu’il qualifie d’insoutenable dans les geôles sénégalaises, en particulier à la prison centrale de Rebeuss. À travers une série d’accusations graves, il dresse un portrait sans fard d’un système carcéral à bout de souffle, où l’humanité semble avoir déserté les murs.> « Rebeuss n’a jamais été bâtie pour accueillir des hommes. C’était une écurie, un espace pour chevaux », martèle-t-il, comme pour mieux souligner l’indignité des lieux. Prévus pour 800 détenus, les bâtiments en contiendraient aujourd’hui plus de 3 500, dans une promiscuité que Diakhaté juge inacceptable et dangereuse.Un immobilisme étatique sidérantPour l’ancien parlementaire, cette situation n’est pas accidentelle. Elle résulte d’un manque de volonté politique persistant : « Depuis l’indépendance en 1960, aucune nouvelle prison n’a été construite », rappelle-t-il, pointant du doigt un État démissionnaire face à l’explosion de la population carcérale.Mais Diakhaté va plus loin. Il remet en cause l’attitude des magistrats qu’il accuse d’user du mandat de dépôt de manière automatique, systématique, sans discernement : « Ils tombent comme la pluie », déclare-t-il. Une critique frontale contre un système judiciaire qui, selon lui, alimente la surpopulation carcérale plutôt que de l’endiguer.Des malades mentaux drogués pour mieux les oublierLe plus révoltant à ses yeux : la présence de personnes souffrant de troubles mentaux dans les cellules de Rebeuss, alors qu’elles devraient être soignées en milieu psychiatrique. « On les drogue pour les endormir. Pas pour les traiter, mais pour les faire taire. C’est illégal », dénonce-t-il.Ce constat traduit un échec flagrant du système de santé pénitentiaire, incapable de prendre en charge ces profils vulnérables, souvent incarcérés pour des faits liés à leur maladie elle-même.Tortures et traitements dégradantsMoustapha Diakhaté évoque également des cas de violences physiques infligées par certains surveillants pénitentiaires. « On verse de l’eau sur les prisonniers avant de les fouetter », raconte-t-il. Ce mode opératoire, loin d’être isolé selon lui, témoignerait d’une culture de la violence banalisée, au mépris des lois et des droits humains.Il nuance néanmoins son propos en soulignant que certains agents, conscients du danger, tentent de limiter les dégâts : « Sans les stratégies mises en place par l’administration, beaucoup seraient déjà morts, en prison ou peu après leur libération. »Appel à l’action et à la fermeture de RebeussAu terme de sa déclaration, l’ex-député promet de saisir les instances de défense des droits humains pour alerter sur l’ampleur du drame qui se joue derrière les murs de Rebeuss. Il appelle à une réforme profonde du système pénitentiaire sénégalais et n’hésite pas à lancer une bombe :> « Rebeuss doit être fermée. Ce n’est plus une prison, c’est un lieu d’humiliation collective. »