Kocc Barma : Fin de cavale pour le maître-chanteur du web sénégalais, perdu par la plainte d’une fille de 16 ans
Accusé de chantage numérique, d’abus sexuels et de diffusion de contenus pornographiques, Babacar Dioum, alias “Kocc Barma”, a été arrêté à Dakar. Il tombe après des années d’impunité, suite à la plainte d’une adolescente de 16 ans.
L’homme derrière l’un des plus grands réseaux de cybercriminalité au Sénégal vient d’être démasqué. D’après L’Observateur, El Hadji Babacar Dioum, plus connu sous le nom de Kocc Barma, a été interpellé jeudi à Dakar par la Division spéciale de la cybersécurité (DSC), épaulée par la Brigade d’intervention polyvalente (BIP). Âgé de 38 ans, ce père de famille est soupçonné d’être le cerveau d’un vaste réseau d’extorsion sexuelle, de menaces numériques et de diffusion illicite de contenus intimes via les sites Seneporno.com et Babiporno.com.
Tout commence le 7 mai 2025. Ce jour-là, Nguissaly Diop dépose plainte auprès de la DSC. Elle y dénonce les agissements d’un certain « Mouha », qui entretiendrait une relation toxique avec sa jeune sœur de 16 ans. L’homme aurait contraint l’adolescente à tourner des vidéos à caractère sexuel, qu’il utilisait ensuite pour la faire chanter et abuser d’elle. Sous la menace de voir ces vidéos diffusées sur TikTok ou envoyées à leur mère, la jeune fille se serait rendue à plusieurs reprises au domicile de son bourreau. En détresse, elle finit par tout révéler à sa sœur. Ce témoignage est le point de départ d’une enquête d’envergure.
L’exploitation des données, recoupée avec les éléments techniques et les témoignages, permet rapidement de remonter jusqu’à Babacar Dioum, né le 24 février 1987 à Dakar. Domicilié à Liberté 3, il menait une double vie. À visage découvert, il était un homme sans histoire. Mais dans l’ombre du web, il administrait des plateformes pornographiques, diffusait des vidéos non consenties et faisait chanter ses victimes pour obtenir de nouveaux contenus. Pendant près d’une décennie, il a réussi à échapper à la justice, protégé par l’anonymat numérique, des identités fictives, et un usage intensif de technologies de dissimulation. Craignant la destruction de preuves, le parquet autorise une intervention immédiate. Le jeudi matin, renseigne toujours le journal, une équipe de la DSC, appuyée par la BIP, intervient dans un immeuble sécurisé proche du boulevard du Président Habib Bourguiba. Le suspect y est interpellé sans incident. Sur place, les enquêteurs découvrent un impressionnant arsenal : ordinateurs, téléphones, disques durs, VPN, technologies de cryptage, mais aussi armes à feu, munitions, liasses de billets et plusieurs véhicules de luxe.
La fameuse bagnole affichée recemment par Mame Ndiaye Savon sous scéllé
Parmi ces véhicules, l’un attire particulièrement l’attention : la voiture dans laquelle la célèbre Tiktokeuse Mame Ndiaye Savon s’était affichée lors d’un événement mondain. Celle-ci a été placée sous scellé, renforçant les soupçons de blanchiment de capitaux dans cette affaire.
L’analyse des comptes bancaires de Babacar Dioum met à jour une série de transactions suspectes, opérées via des canaux anonymes. Les identifiants saisis prouvent également qu’il gérait personnellement les sites Seneporno et Babiporno, dont les serveurs hébergeaient des contenus extrêmement sensibles. La DSC a depuis procédé à une indexation conservatoire de ces plateformes en attendant l’évolution du dossier. D’autres suspects sont déjà dans le viseur, et la compagne du principal mis en cause pourrait être convoquée dans les prochains jours. L’affaire dépasse de loin le simple cadre du fait divers. Elle révèle l’ampleur de la violence numérique, et surtout l’inaction prolongée des autorités face à un phénomène destructeur. Des dizaines de jeunes filles, souvent mineures, ont vu leurs vies brisées, leurs images intimes exposées sans leur consentement. Certaines ont sombré dans la dépression, d’autres ont songé au suicide. Face à cette réalité brutale, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer un renforcement du cadre juridique, une prise en charge psychologique des victimes, et une campagne nationale de sensibilisation sur la cybercriminalité sexuelle.
Avec l’arrestation de Kocc Barma, un chapitre se referme, mais l’enquête ne fait que commencer. Les autorités veulent désormais démanteler l’ensemble du réseau, identifier les complices, et surtout protéger les victimes. Un restaurant situé à proximité de l’École de police, baptisé Eddy’s, est également sous surveillance, les enquêteurs cherchant à établir d’éventuelles connexions avec le circuit de blanchiment. L’affaire Kocc Barma restera sans doute comme un tournant dans la lutte contre les violences numériques au Sénégal. Mais elle rappelle aussi à quel point le web, lorsqu’il échappe au contrôle, peut devenir un outil d’exploitation massive.