Guinée-Bissau : pour Goodluck Jonathan, « ce n’est pas un coup d’État »
L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan jette un pavé dans la mare. Alors que le président Umaro Sissoco Embaló continue de marteler qu’il a été victime d’un putsch, l’ex-chef d’État, présent à Bissau au moment des faits, parle d’un « coup d’État symbolique »… voire d’autre chose. Invité sur la chaîne YouTube Symfoni, Jonathan, 67 ans, a démonté un à un les éléments de la version officielle. À ses yeux, rien ne ressemble à un véritable renversement militaire. « C’est Embaló lui-même qui a annoncé son propre coup d’État » L’ancien président nigérian n’en revient toujours pas. « C’est le président Umaro Embaló qui a annoncé le coup d’État. Pendant que tout cela se déroulait, il utilisait son téléphone pour parler aux médias du monde entier et annoncer son arrestation », explique-t-il. Avant de lâcher, catégorique :« Je suis Nigérian, j’ai bientôt 70 ans et je sais comment les chefs d’État sont traités lors d’un coup d’État. Tout porte à croire que personne ne l’a arrêté. J’en suis convaincu. » Jonathan dirigeait alors la mission d’observation électorale du Forum des anciens de l’Afrique de l’Ouest. Une position privilégiée, qui lui a permis de suivre minute par minute la confusion politique et militaire du mercredi noir qui a secoué Bissau.
Une critique qui rejoint celle d’Ousmane Sonko
Le discours de Goodluck Jonathan fait écho à celui du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, qui a parlé d’une « combine » destinée à empêcher la publication des résultats du scrutin du 23 novembre. Pour l’ex-président nigérian, l’enjeu est clair : la transition militaire ne serait qu’un paravent pour geler le processus électoral.« Goodluck Jonathan va plus loin. Il réclame une sortie de crise institutionnelle immédiate : « J’exige de la CEDEAO et de l’Union africaine qu’elles annoncent les résultats. Elles les ont, leurs représentants étaient présents dans toutes les régions lors du dépouillement. Elles ne peuvent pas les modifier. » Il presse les deux organisations régionales de prendre leurs responsabilités :« Elles doivent dire au monde qui a remporté l’élection. » Dans une Guinée-Bissau où la ligne entre manœuvre politique, intervention militaire et communication du pouvoir se brouille plus que jamais, la déclaration de Goodluck Jonathan ouvre un nouveau front : celui des doutes, désormais assumés, sur la version officielle de Sissoco Embaló. Les prochains jours diront si les institutions régionales suivront cet appel à la transparence.