Assemblée Nationale: Les Sénégalais ont voté le changement, pas le désordre.
Les Sénégalais n’ont pas seulement voté pour une alternance politique. Ils ont voté pour une autre manière de gouverner, une autre manière de faire vivre les institutions et une autre manière de faire de la politique.
En accordant une majorité écrasante au parti PASTEF, ils espéraient tourner définitivement la page d’une Assemblée nationale souvent critiquée pour ses invectives, ses tensions permanentes et les comportements de certains députés qui avaient fini par ternir l’image de l’institution.
L’espoir était immense. Les attentes l’étaient tout autant.
Pourtant, force est de constater que la rupture tant promise tarde à se refléter dans les comportements. Les séances parlementaires sont encore marquées par des provocations, des moqueries, des interruptions répétées et un climat de confrontation qui éloigne les députés de leur mission première : représenter dignement le peuple sénégalais.
La séance du lundi 29 juin 2026, consacrée à l’examen du projet de révision de la Constitution, a profondément choqué une partie de l’opinion. Les images montrant deux députées de la majorité se dirigeant vers le perchoir lors d’un incident impliquant le député de l’opposition Abdou Mbow ont suscité de nombreuses réactions.
Parmi elles figurait la députée Maïmouna Bousso, dont l’intervention a été particulièrement commentée. Au-delà de cet épisode, de nombreux observateurs relèvent que son nom revient régulièrement lors des séquences les plus tendues de l’Assemblée nationale. Cette perception nourrit les critiques de ceux qui estiment qu’un député, et plus encore un membre de la majorité, devrait contribuer à l’apaisement des débats plutôt qu’à leur escalade. Les images de Mme Maïmouna Bousso se dirigeant vers le perchoir pour intervenir dans l’incident impliquant Abdou Mbow n’ont fait que renforcer ce sentiment chez une partie de l’opinion publique.
Quelles que soient les circonstances ou les responsabilités de chacun, le maintien de l’ordre au sein de l’Assemblée nationale relève des services compétents. Les députés sont élus pour défendre leurs convictions par la parole, le débat et le vote, non pour intervenir physiquement lors d’incidents dans l’hémicycle.
Ce qui est en jeu dépasse les personnes concernées. C’est l’image de l’Assemblée nationale qui est atteinte. C’est la crédibilité de nos institutions qui est mise à l’épreuve. Et c’est la confiance des citoyens qui risque de s’effriter.
Les Sénégalais n’ont pas choisi une majorité pour qu’elle reproduise les pratiques qu’elle dénonçait hier. Ils l’ont choisie parce qu’elle promettait d’être différente. Lorsqu’on se présente comme le parti de la rupture, on a le devoir d’incarner cette rupture jusque dans les gestes, les attitudes et le respect de l’adversaire politique.
L’exemplarité n’est pas un slogan de campagne. C’est une obligation morale et républicaine.
L’histoire politique enseigne une leçon simple : l’opposition d’hier ne doit jamais devenir le miroir du pouvoir qu’elle combattait. Sans cela, l’alternance perd son sens et le changement tant attendu se transforme en une simple permutation des acteurs.
Le peuple sénégalais mérite mieux. Il mérite une Assemblée nationale où les idées s’affrontent avec vigueur, mais où les personnes se respectent. Une Assemblée où la majorité protège les droits de la minorité, où la minorité respecte les institutions, et où chaque député se rappelle qu’il est avant tout le représentant de la Nation.
Le véritable changement ne se mesure pas au nombre de sièges remportés. Il se mesure à la capacité des élus à faire honneur à leur mandat et à élever le niveau du débat démocratique. C’est à cette exigence que seront jugés tous les responsables politiques, quelle que soit leur appartenance.
TASS XIBAAR